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jeudi 5 mai 2011

Haruki Murakami

Cette semaine "La Ballade de l'impossible" est sorti au cinéma. Ce film est adapté du roman de Haruki Murakami. Je l'ai lu il y a quelques années. Même s'il était agréable, ce n'était pas un de mes romans préférés de cet auteur et j'hésite encore à aller voir ce film. En tout cas, je recommanderai toujours de lire cet auteur puisque c'est un de mes écrivains favoris.

Voici donc un article du Monde Magazine que je viens de découvrir tout récemment avec notamment une interview intéressante de Murakami.

Haruki Murakami, écrivain universel

LE MONDE MAGAZINE | 11.02.11 | 18h52 • Mis à jour le 03.05.11 | 16h35

Haruki Murakami est un phénomène éditorial. C'est l'auteur japonais le plus lu et le plus traduit à travers le monde. Son dernier roman, 1Q84 (en trois tomes), s'est vendu à 4 millions d'exemplaires au Japon. En Corée du Sud, des éditeurs ont fait assaut de propositions toutes plus élevées les unes que les autres pour acquérir les droits de traduction, et depuis octobre 2010 circulent des traductions pirates en chinois.

Au total, une quarantaine de pays ont acquis les droits pour cette trilogie dont le premier tome sortira en français, au mois d'août, chez Belfond.

Pourtant, en dépit de ce succès et des rumeurs qui circulent chaque année sur la possibilité qu'il reçoive le prix Nobel de littérature, Haruki Murakami reste d'une surprenante simplicité – comme étranger à la figure littéraire qu'il est.

Ce n'est pas un homme de médias : il ne passe jamais à la télévision, n'aime guère les interviews et encore moins les photographies, dit-il, pour s'excuser d'avoir tardé à accorder cet entretien : "Si on commence, on n'arrête plus et ce n'est pas très passionnant", dit-il.

Dans son bureau, situé dans un petit immeuble du quartier bon chic bon genre d'Aoyama à Tokyo, c'est un Japonais d'une cinquantaine d'années qui nous reçoit, affable et souriant, en jean et pull-over, la barbe naissante, qui pourrait très bien être le patron d'un bar de jazz qu'il fut autrefois.

Par son ironie détachée, jamais malveillante, ses digressions imagées et ses métaphores, reflet de cette oscillation entre réalité et fiction qui caractérise son écriture, il esquisse le malaise de la société contemporaine sous une quiétude de surface. Il laisse souvent une phrase en suspens plutôt que refermer une question sur une réponse péremptoire – comme dans ses romans, finalement : "Je ne sais pas quand l'histoire s'achève mais je sais que pour moi elle est finie et j'arrête là."

RÉCITS PARALLÈLES

1Q84 est l'aboutissement littéraire du travail sur lui-même auquel l'ont conduit deux événements qui se sont produits à quelques mois de distance en 1995 : le séisme de Kobe (dont il est originaire) et l'attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo.

"Au fil des années, les fantômes personnels de ses héros ont cédé la place à ceux de l'histoire collective, les intrigues ont gagné en maturité mais la même musique légère, rythmée, envoûtante, continue à résonner de livre en livre", souligne Corinne Atlan, qui a traduit une dizaine de ses romans dont Sommeil, une nouvelle du recueil L'Eléphant s'évapore qui vient d'être publiée à part, dans une édition illustrée par le dessinateur allemand Kat Menschik (Belfond).

Elle entretient une tendresse particulière pour La Fin des temps (Seuil, 1992), "une œuvre des débuts, pleine de fraîcheur et de poésie, dans laquelle apparaît pour la première fois la structure de récits parallèles. Haruki Murakami a l'art de rendre lumineuse la langue japonaise pourtant réputée pour son ambiguïté. La transposition en français de cette écriture limpide qui prend souvent pour objet le vague, l'ombre, l'onirique, demande un travail 'en écho' et oblige parfois à des détours".

L'entremêlement des récits comme des hasards, le surgissement du fantastique au creux du quotidien : Haruki Murakami parle du monde contemporain, de son écriture, de lui-même avec une distance bienveillante – comme si ne comptaient vraiment que les choses les plus simples de la vie.


Votre dernier livre, 1Q84, évoque les deux drames qui ont secoué le Japon en 1995 – le séisme de Kobe et l'attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo par la secte Aum. Comme dans vos œuvres précédentes, nous pénétrons dans un monde dont le sens se dérobe mais qui résonne des problèmes de la société contemporaine. Est-ce exact ?

Haruki Murakami : A la suite de ces événements, puis de l'attentat du 11-Septembre, je suis devenu plus sensible aux problèmes de société. Le séisme de Kobe comme l'attentat d'Aum – des "bombes à retardement" que notre société a elle-même amorcées – marquent la fin d'une époque, celle d'un Japon au système social solide, rigide. Depuis, on ne peut plus penser le monde de la même manière et on doit être conscient du mal qui sommeille en chacun de nous.

Dans 1Q84, un des personnages est un extrémiste "illuminé" comme ceux d'Aum…

Ce qui m'intéressait, c'est l'instrumentalisation des aspirations de ses membres pour construire un empire souterrain à partir de chimères. A la suite de la "bulle spéculative", du séisme de Kobe et de l'attaque d'Aum, la quiétude qui régnait au Japon s'est évaporée. Le 11-Septembre n'a fait que confirmer la perte du socle sur lequel nous pensions nous tenir solidement. A cette impression de confiance s'est substituée celle du chaos.

En même temps, le système de communication et d'information était bouleversé par Internet. Nous vivons aujourd'hui dans la civilisation numérique, un monde submergé par la mondialisation, gavé d'informations et de signes, et il est de plus en plus difficile de discerner ce qui est juste ou non. A la mort des grands récits s'est ajoutée la déréalisation des rapports sociaux. Et il est aussi plus facile d'être manipulé.

D'où le clin d'œil du titre de votre livre à George Orwell : Q se prononce "kyu" en japonais, ce qui signifie aussi 9. 1Q84 se lit donc 1984…

La grande différence entre mon roman et l'œuvre d'Orwell tient au fait qu'il écrivait une histoire qui se déroulait dans le futur alors que moi, je recrée des événements passés qui marquent notre présent. En 1949, Orwell décrivait un système totalitaire. De nos jours, il n'y a plus de système à proprement parler, mais des situations qui évoluent d'un moment ou d'un lieu à un autre, s'enchaînent en un mouvement incessant dans lequel vacillent les repères. L'instabilité et la fluidité nous emportent.

En outre, de nos jours, contrairement au monde d'Orwell, le mal totalitaire avance masqué : il est plus insidieux, plus souriant, la morgue plus anonyme. Mais notre époque est aussi plus chaotique et, personnellement, je crois que l'on peut chercher une vérité dans ce chaos : rien n'est jamais blanc ou noir…

Qu'entendez-vous par "époque chaotique" ?

Les situations s'enchaînent sans logique apparente. Coïncidences, réalités et irréalités interagissent, se chevauchent et se confondent sans que la limite entre les deux soit claire : on ne sait jamais quand on la franchit. Il y a vingt ans, on me critiquait pour ce brouillage des repères entre réalité et irréalité. Mais beaucoup partagent désormais ce sentiment…

Ce qui est réel me semble parfois irréel, et inversement. Quand j'écris, j'écris ce qui me paraît réel, mais en fait, ce n'est pas forcément le cas. Lorsque j'ai vu les avions percuter les tours du World Trade Center, cela m'a semblé irréel : c'était une sorte d'hyperréalité, issue d'un travail infographique… Il n'y a pas de définition du réel. Ce que l'on prend pour tel est toujours faussement lisse. D'une situation anodine est toujours prêt à surgir l'irrationnel, l'absurde. Perpétuellement, quelque chose nous échappe…

Quand vous avez recueilli les témoignages des victimes de la secte Aum, pour Underground (1997, non traduit), vous avez quand même essayé de reconstituer une "réalité" ?

Ce que je voulais comprendre, c'est ce qu'elles avaient éprouvé. Peut-être n'était-ce pas la vérité, la réalité des faits, mais ce qu'elles reconstruisaient de cette réalité. Mais peu m'importait : ce que je désirais connaître, c'était "leur" histoire. Qu'elle soit vraie ou non. Si vous avez eu une grande frayeur dans une rue déserte une nuit, vous risquez de décrire l'individu qui vous a attaqué comme un homme fort, menaçant. En réalité, c'était peut-être un petit mec insignifiant. Mais vous l'avez "vu" grand et menaçant : c'est "votre" histoire. Et c'est celle que je veux entendre.

En tant que romancier, ce qui m'intéressait dans cette soixantaine d'interviews que j'ai faites des victimes d'Aum, c'était une "vérité collective", celle qui émerge de leurs récits. J'ai essayé d'entrer dans leur cœur, de sentir leur peine.

Vous avez traduit dans votre jeunesse des auteurs américains comme Fitzgerald, Irving, Chandler… Vous connaissiez mieux la littérature américaine que celle du Japon ?

Je me suis plongé dans cette littérature parce que j'aime le jazz : c'est ce qui m'a conduit à lire des auteurs américains. Ensuite, je me suis marié. Ma femme avait une riche bibliothèque de romans japonais, je me suis mis à les lire…

Et aussi Franz Kafka, dont le nom figure dans le titre d'un de vos livres, Kafka sur le rivage ?

C'est un auteur qui est très important pour moi. Je l'ai lu quand j'étais adolescent. J'ai été fasciné par son monde. Tranquille en surface et en même temps violent, irrationnel. Un monde chaotique, sans doute proche du mien. Quand je me suis rendu à Prague pour la première fois, j'ai été surpris par l'atmosphère de cette ville qui, soudain, me semblait si familière.

Vos romans sont généralement longs. Mais vous écrivez aussi des nouvelles.

Pour moi, l'expression longue est la meilleure. Quand j'étais jeune, j'aimais déjà les romans-fleuves, ceux de Tolstoï, Dostoïevski, Balzac, Dickens. Les nouvelles ? C'est amusant. Quand je suis fatigué, j'écris des nouvelles…

Lorsque vous commencez un roman, avez-vous en tête le déroulement de l'intrigue ?

Non. Quand je commence à écrire, je n'ai aucun plan. Ma tête est vide. J'avance à l'aveuglette dans mes propres ténèbres. Pour 1Q84, j'avais la première scène : dans un taxi pris dans les embouteillages à Tokyo en écoutant de la musique classique. Je ne sais pas ce qui va se passer dans mon roman. J'ai simplement confiance dans le fait que je pourrai le finir. J'ai confiance mais je n'ai pas encore d'histoire ! Aujourd'hui, j'ai écrit trois pages, je ne sais pas encore ce que ce sera. C'est excitant de ne pas savoir ce qui va se passer dans la fiction que vous êtes en train d'écrire. Je m'endors le soir avec les personnages en tête et, le lendemain matin, soudainement, ils sont prêts à s'animer. Je ne sais comment font les autres romanciers mais, pour moi, c'est ainsi.

Vous êtes sans doute le plus traduit des romanciers japonais et, en même temps, vous restez en marge de l'establishment littéraire. Par choix ?

J'ignore si c'est un choix. Simplement, je ne me sens pas appartenir au cercle littéraire japonais. Et je suis bien ainsi. Mon style est différent de ceux des auteurs japonais. Et je n'ai aucune envie d'être impliqué dans leurs activités. Je n'apparais pas à la télévision, je ne donne pas de conférence, je n'écris pas d'articles, je ne signe pas d'exemplaires de mes livres, je ne suis membre d'aucun jury littéraire… Je ne suis pas intéressé par faire autre chose qu'écrire. J'ai des amis musiciens, artistes, illustrateurs. Mais pas d'écrivains. Je suis un individu ordinaire qui écrit. Et puis, vous savez, je suis occupé : avec ma collection de disques, mes lectures, ma femme, mes chats, mes activités sportives, mon écriture, aller boire une bière… que sais-je ? Parfois, on me reproche de ne pas être "responsable socialement". Mais je pense que ma vraie responsabilité sociale est d'écrire des romans.

En février 2009, vous avez accepté le prix Jérusalem et dans votre discours de récipiendaire vous avez condamné la violence d'Israël contre la Palestine. Un engagement politique ?

J'ai accepté ce prix pour ne pas décevoir mes lecteurs israéliens. Il m'aurait été plus facile de refuser. Donc j'y suis allé et j'ai dit ce que j'avais à dire. Mais je trouve cela épuisant. Ce fut une expérience particulière dans ma vie.

Quel est, selon vous, le rôle d'un écrivain aujourd'hui ?

Ecrire de bons livres. Cela fait des milliers d'années que des conteurs ou des romanciers racontent des histoires. Elles ont pour but d'aider les gens à trouver un sens, à structurer leur esprit. On vit dans un monde chaotique, violent. Pour survivre, il faut essayer de se donner des valeurs repères. Autrefois, à l'âge des cavernes, il y avait un conteur qui racontait des histoires et l'auditoire était emporté ailleurs et peut-être amené à réfléchir, à conserver l'espoir que le jour allait bientôt venir. Je pense toujours aux profondes ténèbres qui nous entourent quand j'écris un roman. Bref, je crois au pouvoir des bonnes histoires. Une fiction peut aider à révéler une parcelle de vérité.

Vos romans sont lus à travers le monde. Mais, à part le plaisir qu'ils procurent au lecteur, qu'est-ce qu'ils apportent de plus ?

Difficile à dire. Mes personnages sont des gens ordinaires, mes lecteurs le sont aussi et je le suis également. C'est sans doute cette connivence qui explique que je sois lu. Ce que j'apporte ? Quelque chose en partage. Par exemple, mon dernier roman a été lu par un million de Chinois alors que Pékin et Tokyo s'affrontent pour des questions territoriales. Cela veut dire que des millions de Chinois et de Japonais partagent quelque chose par l'entremise de ce livre.

Beaucoup d'écrivains japonais, en tout cas de la génération précédente, ont insisté sur les traits particuliers de leur culture. Ce n'est pas votre cas. En quoi vous sentez-vous japonais ?

Etre japonais, je ne sais pas ce que cela signifie. Je suis japonais de nationalité. Mes parents sont japonais. Je suis né ici. J'écris en japonais. J'aime les sushis… A part cela, je ne sais pas. J'ai découvert que j'étais japonais lorsque je vivais aux Etats-Unis où l'on me renvoyait sans cesse une image : celle d'"écrivain japonais". Est-ce si important ? Sans doute la manière de penser, de regarder un paysage sont-elles marquées par une culture. Mais je ne pense pas que clarifier la différence soit si essentiel. C'est le message qui l'est – au-delà des particularités réelles ou supposées d'une appartenance culturelle.

Propos recueillis par Philippe Pons


Parcours

1949 Haruki Murakami naît le 12 janvier à Kyoto.
1974 Il ouvre un club de jazz à Tokyo.
1979 Son premier roman, Ecoute le chant du vent, reçoit le prix Gunzo.
1988 Il voyage en Europe, puis s'établit aux Etats-Unis. Chroniques de l'oiseau à ressort (1992-1995. Seuil, 2001), prix Yomiuri.
1995 Retour au Japon. Après le tremblement de terre (1999. 10/18, 2002).
2006 Kafka sur le rivage (2002. Belfond, 2006) reçoit le prix Kafka.
2011 1Q84, à paraître en août chez Belfond. Sortie en salles de La Ballade de l'impossible, adapté par le cinéaste Tran Anh Hung.

samedi 25 septembre 2010

L'Ombre du vent - Carlos Ruiz Zafón

Un merveilleux livre qui m'a vraiment enchantée quand je l'ai lu il y a quelques mois. Je le recommande vivement.
Ce livre est d'ailleurs devenu un best-seller mondial avec plus de 12 millions de lecteurs de par le monde, depuis sa publication en 2001.

En fait, résumer l'histoire est complexe : disons qu'il y est question de livres maudits et de leur auteur, d'un personnage qui les brûlent , d'une histoire d'amour, d'une étrange disparition...

Voici la 4ème de couverture qui ne m'avait pourtant pas particulièrement attirée au départ!

Dans la Barcelone de l'après-guerre civile, " ville des prodiges " marquée par la défaite, la vie est difficile, les haines rôdent toujours.
Par un matin brumeux de 1945, un homme emmène son petit garçon - Daniel Sempere, le narrateur - dans un lieu mystérieux du quartier gothique : le Cimetière des Livres Oubliés. L'enfant, qui rêve toujours de sa mère morte, est ainsi convié par son père, modeste boutiquier de livres d'occasion, à un étrange rituel qui se transmet de génération en génération : il doit y " adopter " un volume parmi des centaines de milliers.
Là, il rencontre le livre qui va changer le cours de sa vie, le marquer à jamais et l'entraîner dans un labyrinthe d'aventures et de secrets " enterrés dans l'âme de la ville " : L'Ombre du Vent. Avec ce tableau historique, roman d'apprentissage évoquant les émois de l'adolescence, récit fantastique dans la pure tradition du Fantôme de l'Opéra ou du Maître et Marguerite, énigme où les mystères s'emboîtent comme des poupées russes, Carlos Ruiz Zafon mêle inextricablement la littérature et la vie."


Ce roman mystérieux et poétique constitue un fabuleux récit fantastique. L'intrigue fascinante nous tient constamment en haleine. C'est également un joli récit d'initiation. Il est en effet narré par un enfant qui grandit progressivement au fil de l'histoire. L'atmosphère est envoûtante et les personnages authentiques. L'écriture est soignée. Bref, tous ces éléments réunis expliquent pourquoi ce livre est assez exceptionnel! Rares sont les livres qui nous ensorcellent comme celui-là, il faut bien l'avouer!

vendredi 23 avril 2010

Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil - Haruki Murakami

C'est un livre que j'ai lu récemment et que je recommande car il m'a bien plu. Ceci étant, je ne pense pas qu'il puisse plaire à tout le monde.

Certains pourraient trouver qu'il ne se passe pas beaucoup d'événements dans ce roman. Il s'y déroule en effet peu d'événements marquants en soi car il s'agit surtout d'une histoire banale relatant une grande partie de la vie du narrateur: un dénommé Hajime. Il y raconte son évolution de son enfance à sa vie d'adulte. On suit notamment ses différentes rencontres avec des filles ou des jeunes femmes. La première avec Shimamoto-San quand il n'avait que 12 ans, est assurément celle qui l'a le plus marqué. Il l'a perdue de vue il y a très longtemps. Alors quand finalement il la retrouve de nombreuses années après, il éprouve un grand bonheur. Quelque part, il s'est toujours demandé ce qu'elle était devenue.

Le problème c'est qu'il a enfin réussi à construire sa vie: il est marié, il aime sa femme,il a deux petites filles et il gère deux bars de jazz qui marchent très bien. Donc sa vie devient tout à coup bien compliquée d'autant plus que cette Shimamoto-San paraît elle-même bien mystérieuse, avec ses propres problèmes. D'ailleurs on se demande vraiment à quoi conduira le déséquilibre créé par ces retrouvailles.

Ce roman est fictif et simple mais on sent qu'y affleurent constamment des sentiments et des interrogations bien réels. On reconnaît bien là l'univers de l'auteur, même si Murakami n'a cette fois pas employé de touche fantastique comme à son habitude. On peut peut-être le regretter. Le texte est toutefois très beau car il en émane une certaine gravité, une certaine nostalgie. Il y a également de l'érotisme: toutefois un peu trop à mon goût.

En tous cas, on peut être amené à s 'interroger sur les choix qu'on a fait ou qu'on n'a pas fait. On se pose des questions existentielles tout comme le narrateur. Par exemple, si à un moment précis quelques années avant leurs retrouvailles, Hajime avait osé parler à Shimamoto-San ou à la personne qui lui ressemblait, l'histoire en aurait été sans doute complètement changée. Finalement il y a des tas de destinées parallèles qui peuvent nous échapper et dont on n'a pas forcément conscience.
Bref, en résumé ce fut une lecture agréable.

Voici un extrait:

p85:
"Notre monde est comme ça. Quand il pleut, les fleurs poussent, et quand il ne pleut pas, elles fanent. Les lézards mangent les insectes, et sont mangés par les rapaces. Mais tous finissent par mourir et se dessécher. Une génération disparaît, une autre prend sa place. C'est une règle absolue. Il y a différentes façons de mourir. Mais c'est sans importance. La seule chose qui reste en fin de compte, c'est le désert.
Après son départ, je demeurai seul accoudé au bar à boire verre sur verre - même une fois les derniers clients partis, même une fois que les employés eurent fini de ranger et de faire le ménage, et furent partis à leur tour. Je téléphonai à ma femme, lui dis que j'avais encore des affaires à régler et que je rentrerai plus tard que d'habitude. J'éteignis toutes les lumières et continuai à boire du whisky dans le noir. Je le bus sec, c'était trop compliqué d'aller chercher les glaçons.
« Oui, tout finit par mourir, me dis-je. Certaines choses disparaissent comme tranchées d'un seul coup sec, d'autres se brouillent peu à peu et s'en vont avec le temps. Et il ne reste que le désert."

mercredi 24 septembre 2008

Plaisir de lire

Ces derniers temps, j'ai pu lire beaucoup de livres, essentiellement des romans car c'est mon genre préféré. Je vais consacrer quelques lignes ici uniquement à ceux que j'ai apprécié, pas forcément par ordre de préférence.

-Sky de Patrick Chauvel

Une histoire d'amitié entre 2 jeunes hommes a priori assez différents. Un récit plutôt bouleversant surtout sachant qu'il s'agit d'une histoire vraie. Cela m'a peut-être touchée car je sais que je ne vivrai jamais cela.

Un résumé trouvé sur internet:

C'est une histoire d'hommes. La rencontre de Patrick Chauvel, alors jeune photographe de guerre au Vietnam et de Sky Eyes, jeune recrue Apache de l'armée américaine.
Guerre du Vietnam 1968. Patrick Chauvel a 18 ans, il suit l'armée américaine dans ses avancées. Un jour, un homme, immense, le visage peint, avec de longs cheveux noirs et des yeux gris se dresse devant lui. Sky Eyes a alors 22 ans, il s'est enrôlé pour échapper à une peine pénitentiaire dans son pays. Il fait partie d'une unité spéciale, les Long Range Reconnaissance Patrol, les "lurp" comme on les appelle. Ils sont là pour remplir des missions clandestines telles des reconnaissances, des assassinats, des captures de prisonniers ou des embuscades.
Leur histoire d'amitié va durer trois ans. Trois années pendant lesquelles ils vont passer de l'enfer de la jungle et des missions spéciales à la folie du Paris des années 70 en passant par Amsterdam ou encore les monts Chiricahuas de l’Arizona. Mais Sky Eyes est un Apache élevé dans une réserve, il va commencer à perdre ses repères jusqu'à ce que Paris le fasse basculer. C'est cette histoire, d'une amitié qui brûle les ailes, que raconte Patrick Chauvel sous la forme d'un récit romancé.

Patrick Chauvel a photographié la majeure partie des conflits qui ont eu lieu dans le monde ces 35 dernières années. Du Vietnam à l'Irak, ce passionné de Kessel et Monfreid a toujours vécu au plus près de l'actualité. Avec Sky, Patrick Chauvel livre un récit singulier, intense, d'une rencontre forte, de celles qui naissent en enfer et qui marquent à jamais."Tu raconteras mon histoire", lui a dit un jour Sky Eyes, c'est chose faite avec Sky.

-Kafka sur le rivage de Haruki Murakami

Un roman de plus de 600 pages. Donc j'avais un peu peur de ne pas accrocher tant que ça. Finalement, je n'ai pas eu de difficulté à le lire tant le style est limpide et l'histoire prenante. J'ai beaucoup aimé ce livre qui se situe plus ou moins entre roman d'apprentissage et tragédie grecque. Enfin il est même plutôt inclassable!

L'histoire:

« Un jour, tu tueras ton père de tes mains, et tu coucheras avec ta mère et ta sœur. » Le jour de ses quinze ans, Kafka Tamura fuit sa maison de Tokyo pour échapper à la prophétie paternelle, qu’il ressent comme un mécanisme à retardement enfoui dans ses gènes. Il se rend dans la ville de Takamatsu, sur la lointaine île de Shikoku, et trouve refuge dans une petite bibliothèque privée. Protégé par le bibliothécaire et son énigmatique directrice qui lui offrent contre toute attente un emploi et un toit, l’adolescent commence une nouvelle vie. Tout irait presque pour le mieux s’il n’apprenait l’assassinat de son père. Comment expliquer que ce dernier a eu lieu exactement le jour où il a perdu connaissance pendant quelques heures en rentrant de la bibliothèque et s’est réveillé dans l’enceinte d’un sanctuaire, avec son tee-shirt plein de sang ? Qu’a-t-il pu se passer pendant qu’il était évanoui ? A-t-il emprunté des circuits particuliers aux rêves pour assassiner son géniteur ? La responsabilité commence-t-elle avec le pouvoir de l’imagination ?
Tandis qu’il s’interroge, Kafka ignore qu’un vieil homme simple d’esprit, capable de parler aux chats et de faire chuter des poissons du ciel, a quitté Tokyo et se rapproche de lui comme s’il obéissait à un appel mystérieux. Le destin les entraîne tous deux dans une direction de plus en plus étrange…

J'ai donc plus tard enchainé par

-Les amants du Spoutnik de Haruki Murakami

Un ouvrage du même auteur, plus court, un peu moins prenant que le précédent. Il recèle toujours un côté mystérieux mais avec par ailleurs, des détails très réalistes.

J'ai encore apprécié car au fil des pages on ressent toujours l'élégance de l'écriture de Murakami. C'est vraiment un écrivain très doué, il n'y a pas à dire.


-Balzac et la petite tailleuse Chinoise de Dai Sijie

Un livre facile à lire, un peu trop court selon moi parce que particulièrement intéressant. C'est un plaidoyer pour la lecture. En effet, ce roman montre son pouvoir et la connaissance qu'elle apporte. Il y a donc de l'émotion mais aussi du suspens. En plus, j'ai appris beaucoup de choses sur une période de la Chine communiste de Mao.

Un résumé:

En 1971, comme des millions d'autres jeunes citadins chinois, le narrateur et son ami Luo sont envoyés sur une haute montagne isolée voisine du Tibet, où ils seront "éduqués" par les paysans. Les adolescents ont trois chances sur mille de revenir un jour dans leur ville natale. Dans le village voisin, un autre jeune de la ville cache scrupuleusement une valise remplie de livres interdits : Balzac, Flaubert, Hugo, Kipling, Emily Brontë, Rousseau, Dostoïevski... Grâce à ces trésors, la ravissante petite tailleuse, jeune fille convoitée par tous, ne sera plus jamais la même. Écrit avec un accent de vérité confondant, un roman fort qui, tout en nous plongeant dans la Chine communiste, raconte une belle histoire d'amitié et d'amour, auréolée de la magie de la littérature.


-Créance de sang de Michael Connelly

Un roman policier assez prenant. Peut-être pas autant que le poète du même auteur que j'avais lu il y a longtemps mais pas mal quand même.


-Appels téléphoniques de Roberto Bolano

Il s'agit de nouvelles assez brèves et originales. J'ai plutôt aimé les lire même si on se demande parfois ce qu'il advient par la suite. Les interprétations pouvant parfois être multiples mais c'est bien le charme de la lecture selon moi.

4ème de couverture:

Ce sont quatorze récits qui révèlent la part la plus intime d'ombre de chacun, les abîmes secrets des êtres que Bolano nous livre ici.
Un vieil écrivain argentin, exilé en Espagne, survit à force de concours littéraires, rongé par la disparition de son fils. Une ancienne star du porno, agonisant dans une clinique de Nîmes, se souvient de son amour pour Jack, atteint du sida. Un adolescent, déjà un peu marginal, rencontre à Mexico un homme énigmatique, toujours armé, peut-être un tueur, et se lie d'amitié avec lui. Un engagé espagnol, envoyé sur le front russe lors de la Seconde Guerre mondiale, se fait capturer par les partisans et découvre sous la torture que l'art sauve.
Des récits qui sont des échos, des allusions à d'autres récits, des fragments de biographies et d'autobiographies avec lesquels Roberto Bolano compose une sorte de puzzle drôle et émouvant, où nous est rappelé le caractère énigmatique de la condition humaine.


Voilà, je vous recommande ces livres même si mon avis vaut ce qu'il vaut ;)

jeudi 27 décembre 2007

Les cerfs-volants de Kaboul (Khaled Hosseini)

Hier j'ai fini ce livre. Je l'ai trouvé très intéressant. Ca faisait longtemps que je n'avais pas lu un roman. Je ne sais jamais lesquels choisir et très souvent je suis déçue par la suite. Là on me l'avait conseillé.
En fait, je me dis qu'il faudrait que je lise un peu plus car vraiment on se sent mieux après enfin moi en tous cas. On n'a absolument pas l'impression d'avoir perdu du temps en faisant cela alors que pour d'autres choses par exemple aller sur internet, c'est vraiment le cas! Mais ce n'est pas pour autant qu'on le fait moins ;)

Voici un résumé:

De Kaboul à San Francisco, des années 1970 à nos jours, une déchirante histoire d'amitié et de trahison, avec, en arrière-plan, la chronique tourmentée d'un pays dévasté : l'Afghanistan.

Bien que frères de lait, Amir le Pachtoune et Hassan le Hazara ont grandi côte-à-côte dans des mondes différents : le premier est le fils d'un riche commerçant, le second est le fils de leur serviteur. Inséparables, liés par une même passion, les deux garçons se vouent une amitié indéfectible. Mais ce lien va se briser à jamais. Alors que sous ses yeux Hassan subit une terrible ignominie, Amir reste pétrifié. Peur ? Lâcheté ? Honte ? Pris dans une terrible confusion des sentiments, il n'esquissera pas un geste pour sauver son ami.

Eté 2001. Réfugié depuis plusieurs années aux États-Unis, Amir reçoit un appel du Pakistan. Il existe un moyen de te racheter, lui annonce une voix au téléphone. Mais ce moyen passe par une plongée au cœur de l'Afghanistan des talibans... et de son propre passé.


Je n'aime pas forcément ce type de romans car cela peut être ennuyeux surtout si on n'y est pas trop habitué. Là, le style de l'auteur est vraiment très simple et puis il y a toujours ce qu'il faut de suspens donc on ne s'ennuie pas. Cela ne m'étonne pas tant que ça que ce livre ait eu un tel succès de par le monde. D'ailleurs, je crois qu'il y a une adaptation cinéma de prévue. Mais pas sûr que j'ai envie d'aller la voir car parfois se créer ses propres images c'est vraiment bien. Surtout dans ce monde où il en afflue tant chaque jour.